La difficile tâche d’annoncer un décès - Chroniques | La Gentiane - Deuil - Entraide
 

La difficile tâche d’annoncer un décès

Au Québec, chaque année, plusieurs milliers de personnes décèdent. Parmi ces décès, certains se produisent de façon tragique : accidents de la route, noyades, suicides, accidents de travail, etc. Lorsque ces tragédies se produisent, la tâche d'annoncer le décès aux membres de la famille incombe souvent aux policiers. Ayant été moi-même un policier, j'ai dû affronter cette situation à quelques reprises.

Annoncer une mauvaise nouvelle n'est pas chose facile, et cet aspect de notre travail demande de la délicatesse. Nous devons garder notre calme, utiliser un ton de voix rassurant, être empathiques et agir avec tact. Mais avant tout, on doit s'assurer de frapper à la bonne porte pour éviter d'annoncer un décès... à la mauvaise adresse.

Une fois certains d'être au bon endroit, nous allons rapidement au cœur du sujet. Par exemple, si la personne a subi un grave accident et qu'elle est dans un état critique ou qu'elle est décédée, il est important de le dire en allant droit au but, sans ambiguïté. Les membres de la famille ne doivent avoir aucun doute sur la situation.

Comme policier, il faut toujours être deux lors de ces délicates interventions. Le premier agira comme porte-parole, tandis que le second est là comme soutien moral. Déjà, à la vue des policiers, les gens ont tendance à s'inquiéter. Surtout lorsqu'on se présente chez eux aux petites heures de la nuit.

Nous devons nous attendre à toutes sortes de réactions : des fous rires nerveux, de l'incrédulité, du déni, des crises de larmes. Parfois, le choc est si grand qu'il provoque l'évanouissement. Une fois l'annonce effectuée, nous demeurons disponibles pour appeler des membres de la famille, des amis ou même des voisins pour les inviter à venir soutenir la personne endeuillée.

La première annonce

La première fois que j'ai participé à l'annonce d'un décès, j'étais patrouilleur au poste de Gaspé pour la Sureté du Québec. C'était vers la fin des années 80 et je m'en rappelle encore très bien.

Par une belle journée de printemps, mon chef d'équipe et moi avions reçu un appel pour nous rendre à un chantier de construction. Des travaux de réfection de la route étaient en cours. Sur les lieux, nous apprenons qu'un soudeur avait été écrasé par une pelle mécanique. C'était dramatique, surtout que mon coéquipier connaissait bien la victime et que c'était à nous d'aller annoncer son décès à sa femme. Bien que soulagé de savoir que ce ne serait pas moi qui prendrait la parole, je peux vous dire qu'à ce moment-là j'étais petit dans mes souliers.

Une fois arrivés au domicile en question, mon coéquipier cogna à la porte. Lorsque la dame le vit, elle le salua par son prénom. Rapidement, il lui annonça qu'il avait une mauvaise nouvelle pour elle, que son conjoint était décédé dans un accident de travail. Sa première réaction en fut une de déni : « Ben voyons donc, son dîner est prêt, et quand il ne vient pas diner, il m'appelle. » J'étais déconcerté. Je ne m'attendais pas à ça comme réaction. Elle rajouta : « C'est encore un de ses tours. » De toute évidence, la dame ne nous croyait pas.

Comme elle n'avait pas de parent proche et que son seul fils était dans le Grand Nord, nous lui avons offert d'aller la reconduire à l'hôpital, car une de ses bonnes amies y travaillait cette journée-là. C'est lorsqu'elle a aperçu son amie en train de pleurer qu'elle a réalisé l'ampleur de la situation.

Aujourd'hui, je suis retraité de la Sûreté du Québec et je travaille comme conseiller aux familles dans une coopérative funéraire. Ça me permet de voir un autre aspect de la mort. Ma tâche consiste à accompagner les proches du défunt dans l'organisation des funérailles.

Certaines rencontres sont plus difficiles, surtout lorsqu'il s'agit de décès d'enfants. Devant de telles tragédies, il est évident que nous sommes bouleversés. Pour nous aider à passer à travers les émotions qui nous assaillent, il faut surtout en parler. Que ce soit avec des confrères ou des proches parents. Dans certains cas, une aide psychologique est même nécessaire. Malgré tout, j'aime ce que je fais. Ça me permet de puiser dans mes expériences passées pour aider les familles endeuillées dans l'épreuve qu'elles traversent.

Pierre Gravel
Directeur adjoint, Conseil aux familles
Coopérative funéraire de l'Outaouais

Classé dans : Le deuil Publié par : La Gentiane - Deuil - Entraide

Commentaires (1)

Pour moi, juste ce qui est écrit ci-haut, j'ai été pris d'émotion et quelques larmes ont coulé pendant quelques secondes car ce témoignage a fait revivre une situation que moi aussi je ne voulais absolument pas croire mais qui était tout à fait réelle. Ce souvenir m'a fait comme repenser à ce que j'avais vaincu lors de ce drame familial que j'ai vécu il y a 33 ans. Oui, c'est venu chercher des émotions, quelque chose dans mes entrailles qui devait être conscientisé. Peu après, j'ai repris le contrôle et cela m'a donné l'occasion de me remémorer certains événements joyeux. Bien à vous et merci de votre collaboration.

jacques r néron, 27 octobre 2018