Pour la première fois, Julie ne viendra pas au réveillon cette année...

Pour la première fois, Julie ne viendra pas au réveillon cette année, car l'été dernier elle nous a quittés, emportée par un cancer. Et aujourd'hui, à la veille de Noël, je suis revenu au mausolée me recueillir sur sa tombe. Sa photo gravée sur la pierre éveillait en moi la mémoire d'une femme sage et bienveillante d'une profonde sérénité. Comme une seconde mère, Julie avait veillé à mon éducation.
Et tout au long de ces brèves années de mon enfance, elle m'avait souvent guidé par la sagesse de ses conseils.

« Ton absence est pour moi un grand vide chère tante. Aujourd'hui tu reposes ici toute fanée dans un cercueil et ton corps se désagrège. Mais je sais que comme Cendrillon, une sublime transformation s'est réalisée dans ta vie. Désormais tu es revêtue de magnificence et de gloire. Tu as maintenant l'allure et la grâce d'une femme épanouie et belle. Fière et grande avec une candeur angélique, tu gardes en toi-même une éternelle jeunesse toujours florissante par-delà l'éternité.

Tout là-haut tu brilles par ta présence. Dans ces faubourgs du ciel une autre étoile est née. Quelque part dans une autre constellation, tu scintilles de tes pleins feux. Car malgré ce trépas de minuit que la terre dans ses ténèbres t'a réservé, je ne doute pas qu'à jamais ton âme s'est éveillée à une autre vie plus sereine. Avec grâce et désinvolte, tu animes en toi-même mille et une fantaisies. Dans ces parvis célestes, tu danses malgré ces déformations physiques antérieures. Car je me souviens que tu avais souvent mal au dos. Avec ton nouveau corps, tu as maintenant l'allure et la grâce de la plus grande ballerine. Tu m'avais confié que c'était ton rêve d'adolescente. Mais ici-bas tu ne pouvais réaliser ce rêve, ton corps était trop fragile pour de pareilles prouesses. Que de fois tu as partagé avec moi tes rêveries chère tante ! J'en garde une ivresse constante dans mes illusions.

Et maintenant que ton rêve est devenu réalité, je nourris à mon tour l'espoir qu'un jour mon âme subira aussi cette métamorphose, car non, je n'ai jamais oublié ton histoire à propos du papillon. Cette petite vérité m'a ouvert les yeux, et aujourd'hui après avoir perdu beaucoup de mes proches, je sais que tu avais bien raison quand tu me parlais de la chenille. C'est un insecte bien insignifiant me disais-tu, mais quelle grande leçon on peut en tirer ! »

Lorsqu'étant enfant je lui posais des questions à propos des mystères de la vie et de la mort, elle me parlait toujours de la chenille et du papillon. Car disait-elle, le bon Dieu a mis un soupçon de vérité dans les petites choses, afin de nous instruire nous les humains. Et dans le creux de mon oreille elle m'avait soufflé un soir : « Mais il cache ces choses aux hommes qui se pensent trop intelligents. »
Elle citait aussi cette pensée de Saint-Exupéry : « L'essentiel est invisible pour les yeux. »
J'étais bien naïf à l'époque, et en devenant adulte encore plus. Car j'ai cherché la vérité par bien des raisonnements. Dans la science, la religion, la métaphysique. Mais pendant toutes ces années, je n'ai fait qu'effleurer cette vérité pourtant si simple, et qui dort au fond de nous dans ce passé oublié de notre enfance.

« Tu avais encore raison Julie lorsque tu me disais : « Devant Dieu il faut toujours garder son coeur d'enfant, surtout lorsqu'on veut comprendre les plus grands mystères. » Et c'est ce que j'ai réalisé un jour, en contemplant une chenille tortillée dans son cocon. Maintenant j'ai compris cette phrase très inquiétante que tu avais soufflée tout bas avant de mourir : « Je vais bientôt reposer dans mon chrysalide. » Tu avais prononcé cette phrase avec tant de tristesse. Tu l'avais bien sentie ta mort n'est-ce pas ? Mais que tu l'avais dont bien préparée. Et depuis ton départ, j'ai approfondi cette vérité ; je la garde maintenant bien enfouie dans mon coeur, comme un embryon de sagesse qui grandit d'avantage en moi.

Car un jour dans ma vie, lorsque le glas aura sonné pour moi, je quitterai cette prison de mon corps. Comme la chenille, je me donnerai des ailes pour te rejoindre là-haut dans cette nouvelle dimension.
Il me faudra passer par le tombeau. Peut-être. Mais je garde l'espoir que malgré ce semblant de mort,
mon esprit restera présent face à l'univers. Aujourd'hui aveuglément, je tâtonne ce jour glorieux dans mes connaissances et mes émotions. Comme la chenille, j'affronte ma réalité. Mais j'ai compris par cet insecte le pourquoi de ce destin si hasardeux. Dans mon quotidien, je ne suis qu'en mutation vers ma véritable réalisation. Engloutit par mes sens, mon esprit assoiffé d'absolu s'affirme sans cesse devant Dieu. Avec les années j'avance vers le trépas, car la mort est réservée à tous. Mais j'apprends à mieux rêver pour la surpasser. Comme la chenille, je me tortille dans ces filets trompeurs de ce monde
ténébreux et incertain. Mais je sais qu'au bout du tunnel, la liberté viendra. Et comme toi Julie, ce chrysalide sera pour moi mon tombeau de salut. Car dans ce cercueil, j'aurai abandonné mon corps, et mon âme tissée de lumière se donnera des ailes pour quitter à jamais ma mère la terre. Dans une exaltation de joie, au comble du ravissement, j'aboutirai au coeur de ce sublime paradis, là où m'attendent ceux que j'ai tant aimés. »

À bientôt Julie...

Nelson
Montréal (Québec)

Classé dans : Lettres Publié par : La Gentiane - Deuil - Entraide Date : 19 mars 2009

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