J'ai perdu mon fils Yoann, âgé de 13 ans, dans un accident...

J'ai perdu mon fils Yoann, âgé de 13 ans, dans un accident de la route, en juillet 2001.     Plus grande souffrance n'existe pas sur cette terre.

Pendant 2 ans, j'étais enfermée dans ma bulle de douleur, dans ma bulle de souffrance, et pendant 2 ans, l'envie de le rejoindre me tenaillait très fort. Mes 2 autres petits bonhommes me retenaient, je me sentais prise en otage. Martyrisée par cette profonde blessure qui fait mal, qui fait si mal, combien de fois me suis-je dit : « Je n'y arriverai pas sans lui ».

Deux ans où tant de questions sont restées sans réponse, deux ans où la révolte prenait le dessus sur la raison. Deux ans à demander à Dieu : « Pourquoi, mais Seigneur, pourquoi ? »

Deux ans où le seul endroit qui pouvait apaiser mes larmes et mes cris de douleur était sa chambre restée dans l'état où il l'avait laissé, avec son dernier tee-shirt porté lors de son accident, posé sur son lit, des peluches, son vélo dans sa chambre, des posters accrochés à ses murs, des textes écrits par lui... et quelques objets rajoutés à l'occasion de ses anniversaires ou des Noëls.

Deux ans à essayer de retrouver son odeur, à essayer de ne jamais perdre l'image de son visage, de son sourire, de sa chaleur...

Deux ans à implorer les oiseaux pour qu'ils lui transmettent ce message d'amour, eux qui pouvaient aller si haut.

Deux ans à regarder le ciel et espérer que les nuages qui formaient des cœurs étaient un signe de sa part...

Deux ans de manque, de terrible manque.

Puis une prise de conscience au bout de deux longues années de déprime, de peine, de chagrin, de larmes : « Ou je m'en allais le retrouver, ou je prenais un autre chemin. »

Mes deux autres fils avaient besoin de moi, leur infliger une autre peine, perdre leur frère et après leur maman, NON, je n'en avais aucun droit. Donc un carrefour s'est imposé à moi. Quelle route devais-je prendre ?

J'ai longtemps réfléchi, un divorce a suivi, les enfants encore meurtris, mais quel gâchis. Pourtant dans cette lettre une lueur d'espoir. Un ange envoyé du ciel peut-être. Rencontre d'un homme il y a quelques mois, qui m'entoure d'un amour comme je n'en espérais plus.

Avais-je le droit d'être heureuse à nouveau ? Moi qui me croyait incapable d'aimer encore, je sais aujourd'hui que je peux donner encore de l'amour et que j'en reçois énormément.

Yoann mon enfant est toujours en moi, ma vie je la continue avec LUI.

Une phrase m'avait beaucoup plu : « Et même quand j'y pense pas, j'y pense encore ». Parce qu'après avoir fait le choix de continuer le chemin, même sans Lui, il m'accompagne au fil des jours, il est toujours en moi, il est et restera le plus beau des cadeaux que la vie peut faire : un enfant.

Plus grand amour n'existe pas sur cette terre.

Mais des petits moments de bonheurs, volés à la vie qui ne nous a pas épargnés, sont encore possibles.

Vous qui souffrez de cette douleur dont on croit qu'on ne se remettra jamais, croyez encore à l'amour, au sens large du terme. Seul lui peut nous faire avancer, et nous donner la force de continuer jusqu'à ce merveilleux jour où tous nos anges nous tendront les bras pour nous accueillir auprès d'eux jusqu'à l'éternité.

En hommage à mon fils Yoann, mon bébé d'amour.

Anne-Marie
Marseille (France)

Classé dans : Témoignages Publié par : La Gentiane - Deuil - Entraide Date : 29 avril 2004

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