Il y a 25 ans, j’ai quitté mon village afin de m’établir dans la grande ville...

Il y a 25 ans, j'ai quitté mon village afin de m'établir dans la grande ville. Que de souvenirs laissés derrière moi ! Aujourd'hui, après ce quart de siècle, je suis revenu dans mon village afin de remuer dans mes souvenirs certaines cendres de mon passé. Je voulais retrouver ce paysage d'autrefois, me rappeler ces instants si précieux qui ont bercé mon enfance et mon adolescence.

Le village avait bien changé... La végétation un peu moins abondante avait laissé sa place au béton. J'eus soudainement un pincement de coeur. J'avais du mal à me reconnaître. Tout avait changé... Mais certaines rues étaient demeurées intactes. J'ai revu la maison de mon enfance. On avait changé son aspect, mais cet arbre devant ma chambre à coucher était toujours là.

Après avoir contemplé cet arbre qui avait bercé mon enfance, je me suis rendu au cimetière là où gisaient ceux qui dans le passé avaient habité ce village tellement vivant alors. J'étais impressionné par le nombre croissant de monuments. Ça faisait quand même un quart de siècle que je n'étais pas venu ici dans cet auguste lieu de mon village où je pouvais vénérer avec piété la mémoire de ceux que j'avais connus. D'un pas tranquille, je fis le tour des épitaphes y reconnaissant certains noms de gens que jadis j'avais côtoyés. Paul Gervais 1928- 2003. C'était un de mes professeurs, il enseignait le français et c'était celui que je préférais. Père Clarence Couture 1930-2000. Ce curé m'avait baptisé. Souvent, je m'étais confessé à lui, il a été dur avec moi. Mais je lui pardonnais souhaitant dans mes prières le repos de son âme. Solange Larochelle 1930-2002. Elle fut mon institutrice en première année. Je ne l'ai jamais oubliée, elle était tellement douce. Je dois avouer qu'elle fut celle qui a éveillé en moi l'amour de la femme.

J'ai versé quelques larmes en pensant à ces doux souvenirs d'enfance. Que la vie est cruelle de nous enlever ainsi dans la vieillesse et la mort ceux que nous avons tellement aimés et admirés ! Je reconnus au moins une centaine de personnes. Des voisins, l'ancien maire du village, le vicaire aussi, lui tellement humain et généreux. Monsieur Labonté... Il était mort depuis 2 ans. Son nom éveillait en moi l'image de la générosité. Il était l'épicier du village, celui qui s'occupait de l'alimentation. Que de fois, il a fait crédit à mes parents ! Et malgré nos dettes souvent il nous donnait des friandises gratuitement... Surtout à L'halloween. Ah ! Ce qu'il était généreux ! Je me sentis soudainement un peu triste en voyant son épitaphe qui malgré sa bonté et son dévouement était négligée, car aucune fleur ne n'avaient été déposée sur sa tombe. Je me sentis triste et vide en exprimant à monsieur Labonté mes sincères condoléances. Je l'ai remercié pour sa générosité et en touchant son monument je lui ai dit avec sincérité que j'espérais que dans l'autre monde il reçoive tout l'amour qu'il n'a jamais souhaité en ce bas monde.

Puis en regardant de près et de loin le souvenir de ces braves gens décédés, j'arrivai à cet épitaphe qui déchira mon coeur soudainement. Une croix taillée dans le roc arborait sur son enceinte la photo d'une jeune fille que j'ai immédiatement reconnue. Sophie Labonté, 1959-1978, elle était la fille de monsieur Labonté, celui qui était le propriétaire de l'épicerie. Je tombai à genoux devant sa sépulture... J'ai pleuré à chaudes larmes. Sophie était mon amour, ma raison de vivre. On s'est aimés tendrement, plus d'un an. Puis un soir alors que j'avais un peu trop bu, j'ai eu une aventure avec une autre fille. Mais en me réveillant de cette ivresse d'un soir j'ai réalisé ce que j'avais fait. Je le regrettais amèrement ; mais il était trop tard. Cette fille jalouse et possessive avait révélé à Sophie les détails de notre aventure d'un soir. Ne pouvant supporter cette trahison, elle a rompu avec moi. J'étais blessé au plus profond de mon âme. J'ai essayé de la reconquérir... Mais elle ne voulait rien savoir. J'ai beaucoup souffert de cette rupture. J'ai voulu fuir cette douleur en m'exilant au loin. J'ai changé de ville voulant l'oublier, mais dans mon coeur cet amour pour Sophie n'était pas mort, au contraire il voulait renaître de ses cendres. Moi je voulais retourner dans le passé afin de corriger ce destin fatidique qui nous avait séparés. Et aujourd'hui après 25 ans, je la retrouvais morte, enterrée... J'ai pleuré, oui j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Je voulais savoir... Comment est elle morte ?
Dans quelles circonstances ? Je me suis souvenu de sa soeur Joanne... En feuilletant le bottin téléphonique je l'ai rejointe. Je lui ai expliqué mon désarroi. Je voulais comprendre. Elle était d'une telle froideur. Tout ce qu'elle m'a dit se résume en ceci : "Le jour où tu as quitté notre village, Sophie s'est suicidée le soir même." Elle m'a raccroché au nez. Moi, blessé au plus profond de mon âme, je ne savais plus quoi dire. Je suis retourné dans ma ville blessé, meurtri.

Et depuis, je ne pense qu'à Sophie. Je suis mort et mon seul souhait c'est de la rejoindre afin que notre amour si pur jadis puisse renaître dans un nouveau monde d'amour et de paix. Sophie était croyante et je sais au fond de moi que Dieu lui a pardonné ce geste de désespoir car oui il a mis dans mon coeur l'espoir de la revoir.

Nelson
Montréal (Québec)

Classé dans : Témoignages Publié par : La Gentiane - Deuil - Entraide Date : 21 décembre 2010

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