À vous tous qui êtes actuellement dans la douleur...

À vous tous qui êtes actuellement dans la douleur...

À vous tous qui êtes actuellement dans la douleur,

Je comprends par quel chemin douloureux et terrible vous êtes en train de passer, puisque je suis hélas, comme des milliers de pauvres gens, passée par là moi aussi. Mon frère Ali est parti en décidant de mettre fin volontairement à sa vie. Dans notre malheur nous réalisons à quel point la mort est tabou et encore plus le suicide. On ne se remet jamais de la perte d'un être cher. La douleur revient parfois, même avec le temps qui passe...

Le plus douloureux pour moi a été le silence, le silence des proches, le silence de certains amis... Je voulais qu'on me parle de mon frère, qu'on m'interroge. Pour moi, en parler c'était lui permettre de continuer de vivre. Il était là, il faisait partie de ma vie, mais ça personne ne l'a compris et j'en ai beaucoup souffert. La plupart des gens qui m'entouraient à cette époque pensaient finalement qu'au bout de quelques mois, j'étais guérie, le chagrin était passé, tout simplement parce qu'ils m'avaient vu sourire ou rire. Mais pouvais-je leur en vouloir ? Comment pouvaient-ils deviner la profondeur de ma souffrance ? Ils n'avaient jamais vécu cela, ils ne pouvaient pas deviner l'ampleur du désastre.

Durant mon parcours de reconstruction, j'ai ressenti le besoin vital de comprendre le sens de ma vie. Alors je suis partie, seule, chercher des réponses à ma douleur. J'ai voyagé à travers des pays où la vie avait conservé tout son sens. J'ai rencontré d'autres cultures, d'autres ethnies, des hommes et des femmes venus d'ailleurs et qui m'ont raconté l'histoire de la vie, l'histoire de la mort, le tout comme dans la continuité de l'existence. J'ai écouté, j'ai vu, j'ai lu, j'ai entendu, j'ai ressenti, et j'ai souri. Et puis un jour j'ai senti mon cœur battre de nouveau, j'ai senti que ma vie était en train de changer. La victoire n'était pas loin.

Durant mon parcours initiatique de reconstruction, j'ai eu la chance d'avoir deux personnes (dont une amie qui avait vécu la même chose), qui m'ont énormément soutenue. Si elles n'avaient pas été là, je ne sais pas ce que je serais devenue.

Le souvenir de la douleur est toujours là, enfoui dans mon cœur, parfois il se réveille, mais aujourd'hui cela va beaucoup mieux. Le plus triste, c'est qu'on se rend compte beaucoup plus tard à quel point on s'est fait soi-même terriblement mal. Notre pire ennemi, finalement, c'est nous. Avec cette foutue culpabilité qui nous bouffe de l'intérieur telle une gangrène.

La perte d'un être cher nous ampute à vie d'une moitié de nous. La douleur de la mort grandit en nous chaque jour et dans ces terribles moments, que nous le voulions ou non, nous avons besoin d'une aide extérieure. C'est un chagrin trop lourd à porter pour pouvoir s'en sortir seule. Accepter de l'aide, c'est un pas vers la vie. En dehors de l'aide de mes deux amies, j'ai fait la connaissance d'une femme extraordinaire, Roseline, qui n'est pas une psychologue comme les autres. Roseline est une femme pleine d'humanité, de générosité, d'écoute et d'amour. Cette femme admirable m'a sauvé la vie en m'aidant à redonner un sens à mon existence. Sans elle, je ne sais pas si j'y serais arrivée. J'en doute. C'était trop dur, j'avais si mal, mon corps souffrait, mon cœur saignait à flots et le vide s'était installé là, en moi, au plus profond de mon être dans une profonde solitude.

Trouver une raison d'exister, retrouver goût à la vie, voilà le chemin vers lequel chacun d'entre vous va devoir avancer tout doucement. Cela prendra du temps, mais cela en vaut la peine. Plus tard, lorsque ce travail sera fait, vous verrez que la vie vous paraîtra plus douce, plus belle, car elle aura pris une profondeur différente d'avant...

Cela vous paraîtra étrange, peut-être, mais j'ai aujourd'hui avec mon frère une relation inexplicable. Il m'arrive très souvent de ressentir très fortement sa présence chez moi et je sais dans ces moments qu'il est là tout près de moi. Il m'arrive également de recevoir de sa part des messages importants dans mes rêves. Et tous se réalisent tels qu'il me les avait décrits dans le rêve. Mon frère est devenu mon ange gardien. Je sais qu'il est toujours là quand je dois prendre une décision importante dans ma vie, il me guide et veille sur moi.

Aujourd'hui, plus de 7 ans après le départ de mon frère, je suis heureuse et ma vie a pris un sens qu'elle n'avait pas avant son départ. Je me suis retrouvée et j'ai pu faire la paix avec moi-même. J'ai changé de métier, en fait, j'ai tout changé dans ma vie. Je vis mes rêves et profite de chaque instant qui passe comme si c'était le dernier. Je suis entourée de gens que j'aime et sur qui je peux compter. Mon regard sur la vie, sur les autres, a totalement changé. Je réalise qu'en partant mon cher frère a sauvé ma vie, car, de la douleur profonde de son départ, ma renaissance a jailli.

Aujourd'hui, j'ai remis ma vie à l'endroit et mes priorités ne sont plus les mêmes. Je n'hésite plus à dire aux gens que j'aime que je les aime. Toute mon existence a changé, mais vers le bonheur cette fois-ci. Je vous souhaite à tous, qui que vous soyez, de trouver la paix et l'équilibre.

Ce ne sera pas facile, cela mettra du temps, mais avec de l'amour, un jour, la vie vous rendra la joie perdue.

Affectueusement,

Aïcha
Paris (France)

Classé dans : Témoignages Publié par : La Gentiane - Deuil - Entraide Date : 16 janvier 2006

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