Lettre à Nicolas...

Lettre à Nicolas...

La vie pour moi est devenue la froideur, la froideur d'un couloir, qui en une fraction de seconde devient un million d'années et qui au bout, on le sait, on le sent, au bout de ce couloir nous attend une fin, la fin de notre vie d'aujourd'hui et le début d'un calvaire qui va durer, on ne sait combien d'années. Au bout, nous attend la froideur d'un petit  corps qui est la chair de notre chair, la moitié de notre vie, la moitié de chacun d'entre nous, une partie de notre corps.

Et oui, ce couloir de l'hôpital, ce couloir que l'on a emprunté pendant 10 jours et qui chaque jour nous ouvrait ses bras et qui nous donnait chaque jour un peu plus d'espoir sur la vie, ce couloir était le chemin qui nous amenait à notre enfant, ce petit être qui n'a jamais eu l'occasion de traverser ce couloir entre nous, dans nos bras, nous ses parents. Ce couloir était pour moi chaque jour un peu plus dur à traverser car chaque jour en traversant ce couloir, on voyait ces petits êtres fragiles qui se promenaient dans les bras de leurs parents, leurs parents qui venaient chaque jour en sachant que leur enfant allait un peu mieux. Ces parents qui avaient la chance de prendre dans leurs bras, leur chair et se blottir contre leur enfant.

Et moi, moi, je n'avais pas le droit à cela, je ne pouvais que le toucher, le prendre était quelque chose d'inconcevable tellement inconcevable que l'idée ne m'est jamais venue à l'esprit malgré ce petit être si  beau qui aurait pu me tendre les bras.

Lui et moi ne savions pas si on pouvait, si on aurait eu le droit. Ces tuyaux, ces outils de torture nous séparaient, ces gens tout autour de nous, ces infirmiers, ces docteurs, tout cela nous séparait, ils nous ont pris notre vie, notre proximité était si réduite que l'on n'a pu être ensemble que si peu de temps réellement.

Malgré ces moments réduits d'intimité, on a réussi à être ensemble, chair contre chair, main dans la main, les yeux dans les yeux, cœur contre cœur. Notre vie ensemble n'a été qu'un éclair, notre vie a été si intense ensemble que certaines personnes n'auront jamais l'occasion de connaître cet amour qui nous a transpercés, qui nous a traversés, et qui nous a tenus en vie durant cette vie si courte. On a combattu ensemble contre cette terrible chose qu'est la fatalité. Cette fatalité qui  était pour nous une chose impossible, inimaginable, imperceptible tant qu'on était ensemble main dans la main. On n'a jamais pu croire une seule seconde qu'on allait être séparés, on n'a jamais cru qu'on ne se reverrait jamais, on n'a jamais cru que cette petite main n'allait plus pouvoir être caressée, on n'a jamais cru à ta disparition.

Ta disparition supposait ne plus te toucher, te frôler, te caresser, te prendre, te border, te sourire, te rassurer, te dire je t'aime, te prendre dans les bras, te changer, te laver, te donner à manger, te voir sourire, te voir dormir, te voir faire tes premiers pas, t'entendre gazouiller. T'entendre... Entendre cette voix inconnue, le son de ta voix... On ne la connaîtra jamais, ta voix a été pour nous juste une illusion. Un soupir, un petit cri sans respiration régulière...

Sylvie
Cherveux (France)

Classé dans : Lettres Publié par : La Gentiane - Deuil - Entraide Date : 13 octobre 2004

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