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Istambul (Turquie),
le 14 février 2009
Comment définir ce qui se passe en moi ? J’ai besoin
d’écrire… de me retrouver. Tenter de trouver les mots. Je ne suis pas
euphorique, je ne suis pas malheureuse. Et pourtant, je ne trouve plus
vraiment la force. J’ai le sentiment d’être tiraillée entre une vie désirée
et la réalité. J’ai peur de mon avenir, j’ai peur que l’on ne m’aime pas
autant que je puisse aimer. J’ai peur de tout. J’aimerais pouvoir compter
sur quelqu’un qui me comprenne vraiment… vainement. Pourquoi tant de
critiques, tant de reproches, que je me fais à moi-même quand ils ne
viennent pas d’autres bouches ? J’ai le sentiment d’être un être en
béquille. Une jambe solide et l’autre morte.
Papa ? Est-ce là le sentiment incontournable qui devra
me poursuivre toute ma vie ? Puis-je ainsi reposer sur ton dos et sur ta
disparition, des plus brutales et des plus tragiques, ce qui ne va pas chez
moi ? J’ai l’impression d’en faire trop. J’ai l’impression de ne pas
parvenir à contrôler mes sentiments et mes déceptions comme je vous le
voudrais. C’est comme si chaque regret établi dans ma vie, devait y prendre
place et s’y accumuler… pour ne former qu’une jeune femme frêle qui n’a plus
les mêmes attentes que ses amis. Je suis en décalage. Décalée des autres,
décalée de moi. Je refoule mes sentiments, je tente d’être normale. Je meurs
d’envie d’avoir quelqu'un sur qui compter pour lui dire mes doutes. Ces
doutes si profonds qui me font mal au quotidien et qui, je le sais,
s’enracinent malgré moi. Comme un virus qui vous ronge. Je ne peux pas en
parler. Je ne veux pas les déranger. J’ai peur de faire une analyse. J’ai le
cœur lourd.
C’est comme l’image d’une jeune femme de 23 ans, qui
parait chanceuse : drôle, jolie, intelligente, et comble, à qui il ne manque
rien... « jeunesse dorée ». Alors pourquoi je ne me sens si loin de ce que
je peux paraître ? C’est comme une immense carapace. Le contrecoup de ton
départ dans les cieux, mon papa ? Et pourtant, on n’étaient pas si proches.
Tu m’as fait du mal. Moi aussi sans doute. Qui aurais cru que tu m’aurais
manqué autant. Est-ce que quelqu’un peut comprendre comme tu me manques tous
les jours ? Que je rêve de te prendre dans mes bras comme je le faisais
lorsque tu étais malade et que je voulais te soutenir. Que je pense à toi à
chaque réveil et que l’absence est la pire des douleurs. Que lorsque je
prononce ton nom j’ai mal à en mourir et qu’il est tellement douloureux pour
moi de parler de toi et de ce que nous pouvions être. Mais non, ce n’est pas
leur problème… je dois faire face et comprendre les exigences de chacun.
D’ailleurs, moi non plus, je ne voudrais pas que les problèmes des autres
viennent ankyloser ma petite vie bien tranquille. C’est tellement plus
facile de se voiler la face.
Lorsque je parle toi, j’ai l’impression qu’ils
pensent : « Elle ne peut pas sans cesse se sentir malheureuse à cause de
cette histoire passée. Elle ne peut pas si facilement remettre toutes ces
peines sur le dos de son père. » Sûrement… mais alors, sur quoi ? Sur moi,
et ma trouille bleue de ne pas m’en sortir seule dans la vie ? Sur cette
épée de Damoclès qui me dit : « Tu finiras toute seule. »
J’ai peur papa, j’ai peur papa, j’ai peur, j’ai peur…
Je voudrais tellement qu’un homme prenne ton relais, et me donne tout
l’amour que je n’ai pas eu, tout l’amour qui me fera renaître. Quelqu’un qui
croira en moi et me poussera vers le meilleur.
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