Je réalise que je n'avais nullement fait le deuil...

Aujourd'hui, je réalise que je n'avais nullement fait le deuil de mon père, décédé le 21 février 1999.  Lors de son départ pour l'hôpital, le mercredi 17 février, j'ai dû l'engueuler car il ne voulait pas y aller.  Je lui ai dit à mi-voix, et cela est très clair : « Maudite tête de cochon », dans une pièce adjacente.   Et sa réponse a retentit : « Ce n'est pas une histoire de tête de cochon ».  J'ai dit à mon père, de 67 ans : « Si c'est juste pour payer ton ambulance, je vais te la payer ».  C'est que mon père voulait attendre ma mère.  J'ai fini par retrouver mes esprits car ma voisine, qui est infirmière, m'a fait remarquer que mon père avait le teint grisâtre.  Il faut dire aussi que mon père avait de l'oxygène à la maison car il avait déjà eu de l'eau sur les poumons à l'automne.  Mais c'est moi qui l'ai rentré à l'hôpital et je ne l'ai plus revu en vie.     La journée de son décès, je projetais de passer lui rendre visite, pour le voir.  J'y suis allée mais lui ne m'a pas vue.  J'ai lu pour lui pour le service et je n'ai nullement pleuré.  Mais le jour suivant son enterrement j'étais une loque.  Je pleurais, et un de mes amis me disait : « Il est bien ».  Et je fus méchante avec lui car j'ai dit : « Toi tu peux parler, tu as encore tes parents et ils ont pu sauver ta mère avec un pacemaker.  Mais moi, il est mort ».

Vous devez savoir que quand j'ai lu quelques textes de vous, les larmes me sont venues et j'ai revu mon père marchant et courant avec nous dans les champs.  Je pleure encore une personne que j'apprenais à connaître.

Puis-je vous faire une remarque : regardez un enfant, la façon dont il vit le deuil.  Mon fils avait 12 ans et vous savez quoi, c'est lui qui m'a donné la force.  Il a regardé son grand-père comme si c'était son père, car ce sont eux qui l'on souvent gardé.   Il m'a dit : « Grand-papa va être heureux, maman ».  Et le sourire était sincère.

Je vous laisse, car je sens que j'ai pris du temps.

Papa, je sais que tu me vois et que tu m'aimes doublement car nous avons eu la chance d'avoir un père qui avait plus d'amour que plusieurs, car tu nous as choisis parmi tous.  Papa, je t'aime, et ce n'est qu'un au revoir.  Attends-moi, je vais te rejoindre et nous jouerons une partie de cartes.   Bise, papa, de ta fille et de ton p'tit gars Luc.

P.S.  Sûrement que mon frère apprécierait que je te salue de sa part.  Au revoir papa, et attends nous... Ta fille... et Luc....... X X X

Sterne
Québec (Québec)

Classé dans : Témoignages Publié par : La Gentiane - Deuil - Entraide Date : 20 août 1999

Commentaires (0)

Écrivez un commentaire

Veuillez cocher pour indiquer que vous n'êtes pas un robot.
Cette vérification permet d'éviter les courriels indésirables.