Je n'oublierai jamais le moment où ton coeur s'est arrêté, où tu t'es envolé, mon ange...

Adrien,

Aujourd'hui, mon coeur d'amour, tu aurais eu 25 ans, un quart de siècle. Je vais en avoir 50, un demi-siècle. Nous en avions parlé ensemble et calculé en riant qu'en cette année 2012 j'aurais « le double de ton âge ». Mais nous n'imaginions pas que tu ne serais plus là. Qui aurait pu l'imaginer ? Je veux te dire aujourd'hui que pas un instant ne s'écoule sans que je pense à toi. Tu étais ma plus belle réussite, ma fierté, mon soleil, ma raison de vivre... Mais tu es parti, tu m'as été enlevé par la maladie...

Tout, dans la maison, me ramène à toi. Ta chambre, ton bureau, avec tes cahiers, tes livres, les magazines que tu aimais lire, grand amoureux de la nature et des animaux que tu étais. Tes vêtements, toujours rangés dans ta commode, ta penderie, j'en porte certains régulièrement, papa aussi ; malgré ce que disent les psy...Que savent-ils ? Ton lit, dans lequel j'ai passé tant de nuits après ton départ, pour essayer de te sentir encore un peu... Ce même lit sur lequel Pimkie, ta petite chienne, va dormir tous les soirs. Combien de fois ai-je imaginé, et cela m'arrive encore, que tu allais apparaître le matin dans la cuisine, dans le couloir... je me surprends même à ne pas faire de bruit la nuit quand je me lève, pour ne pas te réveiller.

Quand je vais « te voir », c'est au cimetière, devant cette tombe que je me retrouve ; et je me demande ce que tu fais entre ces planches, alors que les autres continuent, font leurs études, travaillent, s'amusent... Tu avais tellement envie de vivre !

J'ai souvent pensé à te rejoindre... Puis-je infliger à mes parents ce que j'ai moi-même subi ? Ils sont déjà si malheureux... Tu ne le voudrais peut-être pas, toi-même... tu es si généreux ! Si je continue c'est par obligation, et par respect pour ton combat. Lors de ce combat je te disais que je voudrais tellement prendre ta maladie. « Oh non, maman, répondais-tu, je ne voudrais pas te voir souffrir ! »

Les vrais malades sont très courageux, j'en rencontre beaucoup, tu sais. Ils sont comme toi, ne se plaignent pas, pètent juste les plombs de temps en temps ; comme toi, chaque fois que l'on venait t'annoncer que la chimio, de plus en plus méchante, agressive, n'avait pas donné la rémission espérée. « Tant pis maman, j'en ferai toute la vie s'il le faut... » C'était pas possible mon trésor...

Je n'oublierai jamais ces journées que nous avons passées, ta main dans la mienne, durant tous ces mois si difficiles, mais pleins d'un amour si intense, inconditionnel, comme seul l'amour d'une maman et de son enfant peut l'être. À l'hôpital, quelquefois des jours entiers sans bouger, car le moindre bruit, le moindre mouvement t'étaient insupportables, ces satanées nausées, ces vomissements ne te laissant pas de répit. Tu ne voulais pas la lâcher, ma main, quand je partais, l'heure des visites pourtant toujours bien dépassée... C'est le coeur brisé que je te laissais, recroquevillé dans ce lit de souffrance.

À la maison, pendant tes deux séjours où tu as eu le droit de revenir pour quelque temps, devant la cheminée, et la nuit, toi installé sur ton lit pliant et moi, à côté, dormant sur le canapé. Tu étais trop angoissé pour dormir seul dans ta chambre. Nous étions trop « fusionnels », disait la chef de service de l'hôpital, à qui j'ai demandé si elle avait des enfants... non, bien sûr... comment pouvait-elle savoir, elle aussi ? Les mots d'amour échangés, la maladie ayant balayé ta pudeur de grand garçon, sont gravés en moi.

Je n'oublierai jamais le moment où ton coeur s'est arrêté, où tu t'es envolé, mon ange... Mon coeur à moi a volé en éclats.

Tu sais, j'ai eu besoin de retourner, plus tard, devant cette chambre dans laquelle nous avions dû fermer tes yeux... Ce n'était pas à nous de le faire, mais aux enfants que tu désirais, petits-enfants que nous n'aurons jamais... Un besoin irrépressible, irraisonné peut-être ; seule la psychologue qui m'y a accompagnée a compris...

Maintenant j'avance à petits pas, en me demandant souvent pourquoi, en espérant que chaque jour qui passe me rapproche de toi. Tu ne peux avoir disparu complètement, ce n'est tout simplement pas possible ; je sais que tu veilles sur moi de là où tu es, quelque part, dans une autre dimension. Mais ne plus entendre ce mot « maman », ou « m'man », savoir que plus jamais je ne l'entendrai... Comment accepter ? Que ne donnerais-je pour te serrer dans mes bras ne serait-ce que quelques instants... Ce droit m'est enlevé désormais... Plus jamais...plus jamais... Comment est-ce possible ?

Les dates s'égrènent, toute l'année : ton anniversaire, bien sûr, l'annonce de la maladie, la greffe, les retours à la maison, puis ceux à l'hôpital, le jour de ton départ... nous avons beau savoir que ce ne sont que des dates, elles nous reviennent en plein coeur, sans relâche. Les fêtes sont devenues une véritable épreuve, sans toi...

J'essaie d'être forte, mais l'intérieur, invisible, n'est qu'une plaie béante. Et quelquefois, oui, je pète les plombs, je suis en colère, faut pas m'en vouloir. Tu me manques tant !

Pourtant rien ni personne ne pourra m'enlever les 19 ans d'amour et de bonheur que tu m'as offerts. Ton image est gravée à jamais dans mon coeur, telle une étoile qui brille, me guide, et ne s'éteindra jamais.

Tu es cette petite lumière qui guide mes pas, sur le chemin qui me mène vers toi.

Ta maman, qui a bien du mal à vivre sans toi, ton sourire...
Et qui t'aime, qui t'aimera toujours !

Françoise
Alès (France)

Classé dans : Lettres Publié par : La Gentiane - Deuil - Entraide Date : 25 mai 2012

Commentaires (4)

De tout coeur avec vous.... puisse cette force d'amour qui est entre vous vous apporter au quotidien l'énergie de continuer pour perdurer la mémoire d'Adrien....

Joëlle, 25 juillet 2012

Du fond du coeur merci Joëlle!

Je remercie également les responsables du site d'avoir publié cette lettre, cela me touche énormément...

Amitiés,

Françoise

Françoise, 28 juillet 2012

seb est parti trop tot plein de vie,plein de projets ,pouquoi la mort si jeune

CHENAL BORDONNOT, 25 septembre 2012

Bonjour madame,
J'ai perdu mon fils et il ne se passe pas un moment sans penser à lui. Comme vous tous les jours je vais "le voir" au cimetière et tous les jours je pense à ce qui aurait pu être et ne sera pas, à tout moment, mais il ne reviendra pas, alors je m'abrutis de travail pour le penser un peu moins.
Puisse la vie vous donner le courage de continuer.

Pietro, 28 décembre 2015

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