La mort d'une jeune fille douce

Hélas ! Que j'en ai vu mourir de ces jeunes filles qui s'exaltaient de leurs plus beaux rêves.
Leurs douces voix sonores et caressantes se sont tues.
Elles reposent aujourd'hui dans les limbes ténébreuses de cette terre qui les a vues naître.
Je respire encore leurs précieuses aromates de femme aussi savoureuses que les premières fleurs du printemps.
Je garde de l'une d'elle des souvenirs impérissables que je ne peux oublier.
Elle s'appelait Rose
Peut-être ce prénom lui était-il prédestiné ?
Souvent en m'approchant d'elle j'ai contourné ses nombreuses épines, mais toujours je me saoulais de son parfum qui m'envahissait corps et âme.
De ses profondes rêveries qui lui appartenaient, j'ai butiné en elle ses secrets les plus tendres.
Je l'ai consolée plusieurs fois en essayant de la rassurer.
Mais je garde de son petit coeur blessé par la vie ses déchirures les plus profondes.
Elle sanglotait souvent dans mes bras et ses larmes amères avaient le goût de cet océan qui habitait son âme déchue et désillusionnée.
L'ombre furtive de sa douce personne exprimait dans ses yeux hagards et nébuleux la vision d'un autre monde auquel elle souhaitait appartenir.
Mon intuition me disait qu'elle n'avait pas beaucoup d'années à vivre ici-bas.
Ses yeux fixaient là-bas la vision d'un paradis qu'elle inventait en elle-même.
Avec beaucoup de tendresse j'essayais de la rassurer en lui disant que le bonheur était ici et maintenant.
Mais un peu désenchantée de ce monde hostile elle n'y croyait pas.
Sa douce petite voix un peu éteinte m'inquiétait profondément.
J'avais l'impression qu'elle lâchait prise et qu'elle s'abandonnerait à un sombre destin.
De nombreuses fois j'ai essayé d'explorer ses rêves mais toujours elle détournait son regard.
Mais moi en la voyant aussi triste que fragile je lui donnais beaucoup d'amour.
Comment ne pas succomber aux charmes secrets d'une fleur aussi délicate ?
Dans l'obscurité de la nuit souvent des cauchemars l'envahissaient.
Elle se réveillait en sursaut et se jetait dans mes bras.
Elle voulait mourir.
De ses nombreux soupirs funèbres je ressentais déjà son départ.
Je savais qu'elle s'enlèverait la vie...
Je me sentais si impuissant.
C'est ainsi qu'en revenant chez moi après le travail j'ai découvert gisant sur mon lit son frêle petit corps mort et froid.
Elle s'était planté un poignard en plein coeur.
Ses grands yeux éteints exprimaient au travers son sourire la vie et l'abondance d'un coeur rassasié.
En la regardant aussi morte que vivante, j'avais la conviction que Rose enfin vivait ses plus beaux rêves.
En fermant ses paupières, je l'ai embrassée longtemps, très longtemps.
Je lui ai dit alors en pleurant :
" Repose en paix ma douce... "

Nelson
Montréal (Québec)

Classé dans : Poèmes Publié par : La Gentiane - Deuil - Entraide Date : 26 avril 2010

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