Mon Nounou, tu t'es envolé ce mercredi...

Mon Nounou, tu t'es envolé ce mercredi de mai 2003, par ton sport préféré, le parapente.     Presque un an déjà !

Depuis ce 21 mai 2003, chaque 21 est une horreur, celui de ce premier 21 mai, un an après ton envol, sera, je le crains, une autre tristesse.

Je vis dans l'angoisse depuis ton décès, vis d'autres horreurs, et, hélas, tu n'es  pas là pour me calmer, m'expliquer, me faire voir d'autres points de vue !

Fatal, tu es mort.

Mais pourquoi, comment n'es-tu pas revenu, la veille encore, nous parlions de notre mariage, des invités... ?

Tu as rejoint d'autres ciels ou cieux.

Toi qui étais croyant, même si tu ne pratiquais plus, toi qui est là-haut : tu auras pu vérifier les théories, les croyances !  Aurai-je une place près de toi, mon P'tit chou, moi qui ne suis d'aucune église ? Je t'avais demandé, si tu étais au Paradis avant moi, de m'introduire, si tu pouvais !  Mais existe-t-il seulement ?  Pourras-tu m'introduire quand mon heure sera venue ?  Te retrouverai-je, un jour ?   Ah ! mon P'tit chou : ce serait bien que tu me répondes !

Je t'aime, mon P'tit Chou.

C'est un peu de « l'humour noir » tout ceci, de l'humour de désespérée que je suis devenue. Et pourtant certains m'admirent. Je me demande de quoi.

Parfois, je pense que j'aurais mieux fait de m'écrouler lors de l'annonce de ton envol. Je fais la forte et de chercher à dépasser la situation de succession, de retrouver du travail entre autres, d'assumer les futures études de notre fille, de vivre au mieux certains événements, comme le mariage futur d'un de tes fils : S., tu serais fier de lui et de son témoin : B., un autre de tes fils ! Sans doute serais-tu triste d'un autre de tes jeunes qui, lui, divorcerait, aux dernières nouvelles.

Mais ainsi va la Vie. Curieux mots : la vie, la mort. J'essaie de vivre. Je ne te cacherai pas que j'ai eu parfois des attitudes à te rejoindre : inconsciemment, j'agissais pour te rejoindre, notamment en prenant le volant de ma voiture. J'en ai pris conscience et fait « stop » : notre fille ne doit pas se retrouver doublement orpheline !

Une conversation me revient, un projet interrompu brutalement par le dieu du vent. À ma question : « Mais es-tu heureux de m'épouser, ce 6 juin 2003 ? »,tu m'avais regardée, réfléchi, et posément, calmement, m'avais dit ( toi, divorcé ) : « Le mariage ne m'intéresse plus, mais avec toi je veux bien ! » et ton oeil pétillait ! Nous avions X années  de vie commune derrière nous et tu connaissais la « marchandise ! »  et des projets pour nos années à venir : nous implanter en Corse, cette terre qui t'avait séduite et qu'il me plaisait de découvrir plus encore par toi, avec toi ! Et nous avions tes rêves à mettre en place : créer un gîte pour sportifs du parapente ou autres sportifs, ou encore : salle culturelle qui aurait pu servir tant à des expositions qu'à des manifestations plus personnelles comme communions, baptêmes, mariages. Recevoir nos enfants, nos amis. Tu rêvais que nous fassions ensemble certaines choses comme découvrir la Corse par ses côtes. À cet effet, déjà, tu avais acheté un petit dériveur ! Ce nouvel appareil te séduisait : des voiles, encore le vent !

Moi, surtout, je voyais : nous retrouver, nous découvrir, nous réinventer. Et tu te voyais apprendre la pêche, chasser, me voir tenir auberge, élevage de poules, lapins, cultiver et recevoir clients, créer un bel environnement fleuri, car ma passion à moi, mon grand plaisir en tes absences de parapente : jardiner et faire fleurir ! Eh bien ma passion du jardinage a changé : tu n'es plus là pour me dire : « c'est  beau ma nènette ». Mes priorités sont devenues autres : assumer les factures ! Néanmoins, j'ai planté salades, tomates et potirons, mais je n'ai plus le même plaisir. J'espère que ce plaisir me reviendra.

J'essaie d'être digne, te faire honneur, mon Nounou, je crains bien de n'y être pas arrivée.

J'essaie de vivre sans toi, c'est clair, mais aimerais tellement recevoir un signe de toi ou d'un proche qui t'aimait ! Des amis protestants se sont manifestés : un kit sur la vie de Jésus, avec une cassette vidéo sur la vie de Jésus. Gentille attention, le signe attendu ? La cassette est belle, mais je n'ai pas le son !  Un film muet, comme à l'ancienne ! Certaine : tu aurais pleuré de rire ! Moi, je trouve ce geste touchant. Je prendrai le temps de lire les livrets qui accompagnent la cassette.

Un signe de toi, je n'y crois pas trop, alors j'imagine ce que tu aurais pu souhaiter, et ceci est un peu mon guide. Sans quoi je suis encore plus perdue. Mais peut-être ferais-je mieux de ne rien attendre ?

Je t'aime mon Alain, mon A.

Régine
Clabecq (Belgique)

Classé dans : Lettres Publié par : La Gentiane - Deuil - Entraide Date : 29 avril 2004

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