C'est la première fois que je t'écris depuis ton départ si brutal...

Mon amour, mon homme à moi...

C'est la première fois que je t'écris depuis ton départ si brutal, ce 18 juin dernier... 5 semaines déjà... Je pourrais en compter les minutes et les secondes... Le temps passe si lentement, et pourtant les choses que je voudrais te dire, je n'ai pas eu le temps de le faire en six ans... Tout simplement parce qu'on se dit qu'on a le temps, qu'on fera demain, que l'on a la vie entière devant soi... Erreur, fatale, cruelle erreur, la vie peut reprendre si vite ce qu'elle a donné... le malheur après le bonheur...

Tu m'appelais ton « petit soldat »... parce que mon énergie débordante te faisait peur, toi si calme, si lymphatique avec tes heures de mots croisés... Ces mots croisés que tu m'as appris à faire par-dessus ton épaule, la tête au creux de ton cou, si chaud, si doux, si parfumé, ces épaules qui faisaient ta si large carrure... Celle qui me cachait entière quand tu me prenais si fort contre toi... On ne me voyait plus, j'étais si protégée... la reine du monde... ta reine, ta femelle à toi seul... Parfois, tu te dérobais, tant j'aimais m'y loger... Pourquoi ne l'ai-je pas fait encore plus et plus ???

J'ai rechuté tu sais, la panique arrive, tentaculaire, elle monte en moi jusqu'à faire jaillir l'eau de mes yeux, mes yeux dans lesquels tu aimais tant te noyer...

Tu serais fier de moi, j'avance, je me bats et me débats avec la vie, avec les gens, avec les obligations professionnelles, je n'ai de cesse de mieux faire... pour fuir les moments d'errance, d'heures implacables qui cognent... J'ai compris que tu ne reviendras jamais... j'ai levé ce voile si nébuleux derrière lequel je t'imaginais... je l'ai arraché ce voile, furieuse de douleur... il fallait que je le fasse pour comprendre ton absence... pour apprendre que l'été ne nous verrait pas ensemble, ni l'automne et les autres saisons...

Trois de nos filles sont en train de porter la vie... ces trois bébés naîtront à quelques semaines d'intervalle... Elles ont juste eu le temps de te le dire, quelques heures avant cette fin si brutale... un départ pour trois vies... Nos familles recomposées ont composé « la tribu », si lourde à gérer en période de regroupement au moment des fêtes.

J'espère dans ta jolie clairière là haut, très haut, bien plus haut que les avions que tu aimais regarder, j'espère que tu as retrouvé ta fille qui a décidé de partir avant toi et pour laquelle tu t'es laissé mourir d'amour depuis deux ans...

Il est tard mon amour, je vais aller rêver de nous au travers de quelques heures et demain matin en me réveillant, quand j'étendrai mon bras pour te toucher, je comprendrai encore et encore l'horrible vérité de ton absence...

Tu me prends dans tes bras si forts, je t'aime...

Marie
Rouen (France)

Classé dans : Lettres Publié par : La Gentiane - Deuil - Entraide Date : 25 juillet 2007

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