Encore un autre gros orage...

Encore un autre gros orage... un de plus mon amour.     Depuis ton départ, mon ciel est gris, ou noir... plus jamais bleu. Mon ciel bleu, le doux bleu de tes yeux, il est à cet endroit secret de mon cœur, là où je te rejoins à tout moment, rien qu'en fermant les yeux. Et la nuit, mon âme t'y retrouve, comme si personne, jamais ne nous avait séparé.

Mon amour, la frontière est si mince, il suffirait de si peu pour que la chaleur de ton amour me berce à nouveau. Je sais... je sais que tu ne veux pas que j'abandonne nos filles toutes seules dans ce monde. Tu as raison. Pourtant, je sais aussi à quel point tu voudrais, toi, nous revenir.

Tu vois Denis, hier soir, lorsque l'orage est venu dans mon cœur encore, j'ai seulement songé à ma douleur sans toi. Je songeais à ma souffrance de ne plus te voir, t'entendre me dire tes doux « je t'aime mon amour », ne plus pouvoir être dans tes bras. Et comme en réponse à mes paroles, j'ai entendu les tiennes, dans mon cœur : « Oui mon amour, moi je peux toujours te voir, je peux t'entendre me parler, oui... mais je ne peux plus te toucher, te consoler dans ta souffrance lorsque je te vois anéantie par mon absence. Je ne peux plus te prendre dans mes bras. Je suis invisible pour toi... » Et j'ai senti ta douleur à toi, en moi... Mon Denis, mon seul amour, tes larmes glissaient sur mon cœur... les miennes innondant mon visage. Je pouvais presque entendre tes sanglots, comme en écho aux miens. Je pouvais sentir ta souffrance, pareille à la mienne.

Pendant tout ce temps, pourtant, je ne songeais pas à te rejoindre. J'aurais voulu te ramener vers moi, vers nous. Mais alors, j'ai repensé à ce que je t'avais dit, peu de temps avant ta mort, je ne sais plus pourquoi : « Moi, ce qui me fait peur dans ma vie, c'est la mort de ceux que j'aime. » J'en ai compris pleinement la raison.

Vois-tu mon amour, nous avons combattu la malveillance de certaines personnes pour rester ensemble toi et moi. Nous avons réussi, malgré toutes ces souffrances inutiles. Et finalement, il a suffit de si peu, un souffle, pour éteindre la flamme fragile de ta vie. Et je suis impuissante... totalement, face à cela. Je n'ai aucun pouvoir sur ta vie, malgré tout mon amour pour toi. Et tu n'y peux rien non plus.

J'ai senti le vide, le manque de toi, comme une moitié de moi-même. Il me manque mon âme. Mon âme est partie avec toi. Et c'est étrange, j'ai la sensation d'avoir la tienne à la place en moi... mais ce n'est pas si étrange finalement, puisque nous étions des âmes-sœurs. Pas un instant, je n'ai songé à mourir aussi hier soir, même si je sais que c'est l'unique moyen de te rejoindre un jour. Je t'ai demandé ton aide cependant mon tendre amour. Pour la première fois depuis ton départ, je t'ai demandé de nous donner le moyen de continuer pour nos filles, de faire en sorte que nous ne manquions de rien, pour le reste du chemin. Et je t'ai promis, que si je gagnais cette lutte pour notre survie, je continuerais, malgré ma souffrance et cette tristesse qui ne me quittera jamais plus... jusqu'à ma mort, ce que nous avions entrepris à deux. Seule, avec toi dans mon cœur et, me pardonnera-t-il d'être si exigeante ?

J'ai fait un « marché » avec Dieu. Puisqu'Il m'a enlevé l'amour de ma vie, le père de mes filles, puisque maintenant je suis seule dans ce monde, je lui ai demandé son aide pour continuer seule la « mission » qu'il m'avait confiée sur cette terre. Puisqu'Il ne peut te ramener à moi, qu'Il exauce ma prière. Et malgré ma peine, ma souffrance, je continuerai ce chemin fait pour nous deux... seule.

Mon bel, mon tendre amour, je sais que tu prends toujours soin de moi. Je sens ta présence et ton amour inconditionnel à travers chaque petites choses, chacune de ces petites attentions qui adoucissent ma vie, l'espace d'un trop bref instant, comme un tendre baiser que tu m'enverrais de l'au-delà. J'ai l'étrange impression que chacune de ces douces amitiés qui éclosent dans ma vie depuis ton départ est un cadeau de toi... comme si tu distribuais des petites parts de ton amour pour moi à d'autres personnes sur terre, afin qu'elles me les transmettent à ta place. Oui, je sais, j'ai l'absolue certitude que tu es près de moi, à veiller sur moi, sur nous. Notre union ira bien au-delà de la frontière de la vie mon amour.

Et notre douce petite Ophélie, notre petit ange... Elle a gardé le contact avec toi, elle me donne tellement d'amour et de tendresse... C'est elle, plus que tout autre qui me retient ici. Alors que je pleurais en silence tout à l'heure, elle est venue près de moi, a séché mes larmes. Comment a-t-elle su que je pleurais ? À chacune des caresses de son mouchoir sur mes yeux, tendrement, elle portait le mouchoir à ses yeux ensuite... comme pour me dire : « Ta peine est aussi la mienne maman... », sa douce voix me disant : « Pleure pas maman... ». Elle était si sereine, si douce. Cette fois encore, mon cœur débordant d'amour et de fierté... s'est brisé, devant toute l'injustice de ton absence, de ces doux instants de bonheur, qui t'ont été volés, en te privant de la tendresse de ta petite puce d'amour...

Mon amour, ta tendresse et ton amour infinis sont en moi, jusqu'à la fin de ma vie. De cela, personne ne pourra jamais me priver. Tu es la base de tout pour moi, tu es et resteras mon âme-sœur... Tu es mon ciel bleu, mon soleil, mes étoiles. Tu es ma vie, tu es mon mari, mon grand, mon seul amour. Tu es tout pour moi.

Reçois mon amour le tendre baiser que je t'envoie avec cette lettre. « Je t'aime... je t'aimerai encore, bien au-delà de ma vie ».

Josée (Marie-Josée)
St-Jean-Chrysostome (Québec)

Classé dans : Lettres Publié par : La Gentiane - Deuil - Entraide Date : 31 mai 2001

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