Si me décide à écrire...

Si je me décide à écrire ce témoignage, c'est pour qu'il m'aide à m'en sortir, et que des personnes qui ont vécu un fait semblable puissent me le faire savoir pour me redonner de l'espoir.

Depuis huit ans, ma mère est atteinte d'une atrophie dégénératrice du cervelet. Sénilité précoce, schizophrénie. Un enfer pour elle et pour notre famille. Je m'occupe d'elle en jonglant avec ma vie privée. Je suis mariée et mère de deux enfants. Mon emploi à temps complet nous est nécessaire pour régler les traites du petit pavillon que nous avons fait construire, et pour subvenir à ma mère, car financièrement c'est très lourd. Sa maladie détruit tout.

Je n'avais déjà plus de vie de famille, quand il a fallu que ce maudit jour que je voudrais rayer à tout jamais du calendrier arrive. Mais voilà, on ne peut pas revenir en arrière. Ce maudit jour où mon frère s'est suicidé. Pourquoi nous, et si j'avais fait ci, et si j'avais su çà, ces questions qui me hantent toujours et encore depuis maintenant un an, la date de son décès.

J'étais trop prise par la maladie de ma mère pour voir ce qui se passait autour de nous. Il avait 33 ans, célibataire. Depuis, l'état de ma mère s'est considérablement aggravé. À l'heure actuelle, elle est totalement handicapée depuis un an et elle ne peut plus manger seule, ni s'exprimer correctement. Il a fallu se résigner à la maison médicalisée.

C'est grave ce que j'écris là, mais que peut-on espérer de la vie quand on est dans un tel état. Alors je prie Dieu qu'il la prenne, qu'elle rejoigne mon frère là-haut et qu'il me pardonne d'avoir de telles idées.

Mes enfants ont été très perturbés. L'aîné a 13 ans et le second 10. Je suis passée à côté de plein de choses, j'ai consacré beaucoup de temps à ma mère, toutes ces années. Mon couple non plus n'est pas au beau fixe. Il faut dire que je baisse les bras. La perte de mon frère, je ne peux pas l'encaisser. Trop c'est trop.

Depuis quelques mois, je viens d'apprendre par le neurologue qui suit ma mère, que cette maladie est sans doute génétique, puisqu'un autre membre de sa famille en est atteint. Elle touche les personnes à partir de 65 ans. Ma mère avait 65 ans il y a huit ans de çà. Qui sera le prochain ? Peut-être moi ? ou mes enfants ?? J'ai oublié de dire que mon père est décédé quand j'avais 15 ans.

Voilà les grandes lignes de ma situation. Alors je dis aux gens qui sont heureux : qu'ils profitent bien de leur bonheur, qu'ils ne cherchent pas à se créer des problèmes là où ils n'en ont pas. Il faut vivre au jour le jour et savourer chaque instant. Mon frère, je l'aimais par-dessus tout, et je n'ai pas su le lui faire comprendre. Pourtant les regrets ne servent plus à rien.

Si vous avez un doute que quelqu'un va mal, prenez du temps pour l'écouter et l'aider. Il ne faut jamais remettre au lendemain, car il sera peut-être trop tard et on ne se le pardonne jamais, il faut continuer à vivre avec ce poids sur le coeur et faire croire aux autres qu'on va mieux, même lorsque il y a des jours où on touche le fond. J'espère juste m'en sortir pour mon mari et mes enfants, et connaître enfin, moi aussi, des jours meilleurs même s'ils sont éphémères.

Courage et merci à tous d'avoir lu mon témoignage. Courage à tous ceux qui traversent un deuil. Je peux peut-être vous aider.

Noëlle
(France)

Classé dans : Témoignages Publié par : La Gentiane - Deuil - Entraide Date : 14 avril 2000

Commentaires (0)

Écrivez un commentaire

Veuillez cocher pour indiquer que vous n'êtes pas un robot.
Cette vérification permet d'éviter les courriels indésirables.