Je te croyais forte, tu étais si fragile...

Je te croyais forte, tu étais si fragile. Tu es partie un matin, sans te retourner peut-être, je ne sais pas. Tu as dit : « À ce soir. » Je ne t'ai pas embrassée, je ne savais pas que c'était la dernière fois.

Quel étrange désespoir a conduit tes pas ? Tu les as appelés, ceux qui ne pouvaient venir, ceux qui t' ont tant fait souffrir, pourquoi ne pas m'avoir appelée moi ? Je ne sais pas. Pourtant j'ai senti ta mort à l'instant où elle est venue, j'aime à croire qu'à cette seconde-là, tu as pensé à moi.

Tu étais le feu sous la glace, pas encore femme mais plus tout à fait mon enfant. Je veux garder de toi ton sourire, ta beauté, tes yeux noisette, ta fine silhouette, cette allure qui n'appartenait qu' à toi. Dans les souvenirs de ces années passées ensemble, tu as brillé dans ma vie comme une étincelle, si peu de temps, à peine dix-neuf ans. Pourtant ma petite Isa, où que tu sois, je sais que tu es là ; pas très loin... juste près de moi.

J' ai mis du temps, pardonne-moi, du temps de déni, de colère, d'incompréhension, et de cette souffrance qui malgré tout ne me quitte pas. Tu sais j'essaie d' apprivoiser tout ça mais c'est pas tous les jours facile de survivre à son enfant. Mais j'ai compris, je le sens, je le sais, tu es là, si près de moi, à cet endroit où plus rien ni personne ne t' enlèvera à moi. Dans ma vie, dans mon cœur, à chaque minute, à chaque pas, c'est ta petite étincelle qui me guide et me guidera.

Ma fille chérie, ma toute belle Isabelle. La route me semble longue sur cette terre et la vie si cruelle pour les parents « orphelins », amputés d'une partie d'eux-mêmes. Mais si ce fut ton « choix » de t'en aller, ou plutôt ton « non-choix », je ne pourrais pas, mon enfant, ni pour cette raison ni pour une autre, ne plus t'aimer. Avec toi et par toi, j'ai même appris que l'on pouvait aimer, aimer un enfant plus que soi-même, plus que tout, au-delà de la vie, au-delà de la mort, au-delà de tout ce qui peut exister en ce monde.

Tu es partie sur l'autre rive, je ne le voulais pas, Isa, mais je sais que tu m'y attends déjà.

Ta maman.

Hélia
Vernon (France)

Classé dans : Lettres Publié par : La Gentiane - Deuil - Entraide Date : 8 mai 2007

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