Je ne comprends pas. Tu es mort, tu es parti pour toujours ?...

Je ne comprends pas. Tu es mort, tu es parti pour toujours ? Toi qui adorais la vie, nos deux filleules, toi qui me disais de ne pas penser à la mort, que tu étais parti pour vivre 100 ans, tu nous a laissées.

Oui je sais, je criais toujours, car quelle galère on a vécue ! Tu étais optimiste, moins non. Moi réaliste, toi rêveur, toujours en train de te laisser vivre, sans rien dire, choisir. Tu souriais à tout, à rien, et moi je pleurais, criais nos blessures, nos galères. Je voulais que tu sois plus énergique, que tu me soutiennes, me guides. Tu ne parvenais pas à tout cela, alors mes cris, c'était ma souffrance, ma révolte de ces malheurs. Je voulais de l'aide, du changement, un soutien, aujourd'hui c'est encore pire. Là je sais que j'ai beau crier, je dois tout continuer seule, tenir, tenir, tenir encore, encore, encore. Pourquoi ? Pourquoi tout ça, toujours à moi ? Oh tu ne parlais pas beaucoup, mais crois-moi ça ne change rien, je souffre de ton vide.

Que s'est-il passé, cœur ? As-tu souffert, eu peur, parlé ? Je ne sais rien de ton départ en une nuit. J'ai eu tort de paniquer, de t'emmener à l'hôpital, on a toujours été contre ces docteurs qui perdent leur cœur. Je t'ai tué peut-être en t'y emmenant ? M'en veux-tu ? Moi oui. C'est pas possible que tu m'aies laissée, cœur, pas possible, trop injuste pour moi. T'as pas trainé de maladie, mais moi je vais souffrir toute ma vie. Et j'en ai tellement bavé !

Reviens, je ne crierai plus, reviens je te dirai, te donnerai tout ce que je me suis empêchée, par imbécilité. Reviens, nous ne ferons plus le même chemin, on fera comme tu voudras, et cette fois j'embellirai tout, j'effacerai de mon esprit la réalité et ne ferai que rêver, espérer, y croire sans réfléchir comme toi tu le faisais, mais reviens s'il te plaît. Allez, je t'en prie, ne me laisse pas comme ça. Tu étais le petit comique de 1,86m. Tout le monde disait cela de toi, toujours à surprendre, à faire rire avec tes grimaces, ta maladresse surtout. Souvent, moi je te disais : « Je ne te comprendrai jamais. » Eh bien là c'est sûr, tu es parti plus vite que l'éclair, sans que personne ne s'y attende. J'aurais jamais pensé moi non plus.

Souvent, on parlait de notre différence d'âge : entre toi et moi y avait quand même 19 ans. Quand ça me faisait peur, tu disais : « Non, je vais partir à 106 ans. » Tu disais : « Regarde mes parents, 94 ans. » Ça me rassurait. Eh bien là, j'avais raison, mais je le regrette. Moi qui anticipais tout, ah ben là, bluffée, tu m'a eue.

Alisson, notre plus belle chose dans la vie, ne parle que de toi. Tu es son parrain, celui qui lui a appris tant de choses. Quand à Cheyenne, notre petite choupetta, qui n'avait que 14 mois quand tu es parti, tu as été pour elle le parrain patient, qui lui donnait ses biberons, même la nuit, qui la portait sans cesse. Tu as vu ses premiers pas. Grâce à toi, tu aurais le temps me disais-tu. Eh ben voilà, là c'est moi qui avais raison, trop tard. Quand à moi, je suis restée là avec Alisson et bébé dans les bras. Toutes deux comptent sur moi, en attendent leur propre vie, et moi la mienne, que je leur consacre, sans avoir le choix par amour pour elles, par amour pour toi.

Mais voilà, personne pour moi. Avais-tu le droit, le droit de me faire ça ? Toi qui savais oh combien déjà j'avais souffert. Je sais, c'est pas ta faute, pas la mienne, c'est notre destinée. Décidemment ma destinée est toujours de plus en plus terrible. Que vais-je devenir sans cet avenir de vieillir ensemble ?

Nicole
Marcinelle (Belgique)

Classé dans : Lettres Publié par : La Gentiane - Deuil - Entraide Date : 15 janvier 2007

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