Comment définir ce qui se passe en moi ?...

Comment définir ce qui se passe en moi ? J'ai besoin d'écrire... de me retrouver. Tenter de trouver les mots. Je ne suis pas euphorique, je ne suis pas malheureuse. Et pourtant, je ne trouve plus vraiment la force. J'ai le sentiment d'être tiraillée entre une vie désirée et la réalité. J'ai peur de mon avenir, j'ai peur que l'on ne m'aime pas autant que je puisse aimer. J'ai peur de tout. J'aimerais pouvoir compter sur quelqu'un qui me comprenne vraiment... vainement. Pourquoi tant de critiques, tant de reproches, que je me fais à moi-même quand ils ne viennent pas d'autres bouches ? J'ai le sentiment d'être un être en béquille. Une jambe solide et l'autre morte.

Papa ? Est-ce là le sentiment incontournable qui devra me poursuivre toute ma vie ? Puis-je ainsi reposer sur ton dos et sur ta disparition, des plus brutales et des plus tragiques, ce qui ne va pas chez moi ? J'ai l'impression d'en faire trop. J'ai l'impression de ne pas parvenir à contrôler mes sentiments et mes déceptions comme je vous le voudrais. C'est comme si chaque regret établi dans ma vie, devait y prendre place et s'y accumuler... pour ne former qu'une jeune femme frêle qui n'a plus les mêmes attentes que ses amis. Je suis en décalage. Décalée des autres, décalée de moi. Je refoule mes sentiments, je tente d'être normale. Je meurs d'envie d'avoir quelqu'un sur qui compter pour lui dire mes doutes. Ces doutes si profonds qui me font mal au quotidien et qui, je le sais, s'enracinent malgré moi. Comme un virus qui vous ronge. Je ne peux pas en parler. Je ne veux pas les déranger. J'ai peur de faire une analyse. J'ai le cœur lourd.

C'est comme l'image d'une jeune femme de 23 ans, qui parait chanceuse : drôle, jolie, intelligente, et comble, à qui il ne manque rien... « jeunesse dorée ». Alors pourquoi je ne me sens si loin de ce que je peux paraître ? C'est comme une immense carapace. Le contrecoup de ton départ dans les cieux, mon papa ? Et pourtant, on n'étaient pas si proches. Tu m'as fait du mal. Moi aussi sans doute. Qui aurais cru que tu m'aurais manqué autant. Est-ce que quelqu'un peut comprendre comme tu me manques tous les jours ? Que je rêve de te prendre dans mes bras comme je le faisais lorsque tu étais malade et que je voulais te soutenir. Que je pense à toi à chaque réveil et que l'absence est la pire des douleurs. Que lorsque je prononce ton nom j'ai mal à en mourir et qu'il est tellement douloureux pour moi de parler de toi et de ce que nous pouvions être. Mais non, ce n'est pas leur problème... je dois faire face et comprendre les exigences de chacun. D'ailleurs, moi non plus, je ne voudrais pas que les problèmes des autres viennent ankyloser ma petite vie bien tranquille. C'est tellement plus facile de se voiler la face.

Lorsque je parle toi, j'ai l'impression qu'ils pensent : « Elle ne peut pas sans cesse se sentir malheureuse à cause de cette histoire passée. Elle ne peut pas si facilement remettre toutes ces peines sur le dos de son père. » Sûrement... mais alors, sur quoi ? Sur moi, et ma trouille bleue de ne pas m'en sortir seule dans la vie ? Sur cette épée de Damoclès qui me dit : « Tu finiras toute seule. »

J'ai peur papa, j'ai peur papa, j'ai peur, j'ai peur... Je voudrais tellement qu'un homme prenne ton relais, et me donne tout l'amour que je n'ai pas eu, tout l'amour qui me fera renaître. Quelqu'un qui croira en moi et me poussera vers le meilleur.

Lise
Istambul (Turquie)

Classé dans : Lettres Publié par : La Gentiane - Deuil - Entraide Date : 14 février 2009

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