Cela va bientôt faire un an que tu es partie...

 Cela va bientôt faire un an que tu es partie et cela va faire un an que je souffre.     C'est très facile de me souvenir de la date précise, car la dernière fois que je t'ai vue vivante, c'était pour mon anniversaire. Quand je repense à cette soirée, je me dis qu'en fait, ce soir-là, tu étais venue me dire adieu. Et je n'ai rien remarqué ! Rien vu ! Rien soupçonné ! Deux semaines après, tu te pendais.

Depuis ta mort, j'essaye par tous les moyens de me souvenir du moindre détail. Ma mémoire me torture et mon esprit ne me laisse aucune trêve.

Tu t'es suicidée, et tu as suicidé ce même jour mon esprit, mon âme, mon cœur...

Je ne serai plus jamais la même. Ce n'est pas faute d'avoir essayé, mais mes efforts et mes sourires sonnent creux.

Quand je repense à cette année, j'ai l'impression de l'avoir vécue en automate. Je souriais, je mangeais, je travaillais, je passais mon mémoire, mes examens... et à la fin de la journée, je me rendais compte que je n'avais vécu aucun de mes gestes. J'étais quelque part, perdue entre mes pensées et la douleur. Peut-être un peu comme toi tu l'as été, à travers toutes ces années ?

Même encore aujourd'hui, j'ai l'impression qu'il y a un fossé entre moi et les autres.

Comment peut-on rester identique quand quelqu'un qu'on aime se suicide ?

Comment peut-on se déculpabiliser face à un acte aussi violent ?

Comment ne pas essayer, à travers tout ce que tu as laissé, de comprendre le pourquoi ?

Même aujourd'hui, je ne sais toujours pas. Et cette idée du « jamais plus » me donne envie de hurler.

Et puis, il y a ces phrases toutes faites qu'on te ressort un milliard de fois dès que tu en parles. Des phrases toutes faites comme « La vie continue » et s'entendre répondre « Oui, je sais » mais penser au fond de soi « Non, la vie ne continue pas. »

Au bout d'un an, je m'en veux toujours autant. J'ai l'impression de t'avoir abandonnée.

C'est quoi cette soi-disant « amie » qui s'est laissée déborder par des copines qui criaient au feu à la moindre étincelle et qui est passée à côté de toi qui te consumais de l'intérieur ? C'est quoi cette soi-disant « amie » qui n'a pas vu que tes sourires te faisaient mal ? C'est quoi cette soi-disant « amie » que j'ai été pour toi ?

Carole
Bruxelles (Belgique)

Classé dans : Lettres Publié par : La Gentiane - Deuil - Entraide Date : 21 avril 2004

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