Bonjour ma chérie, Ce matin j'ai écouté à nouveau le répondeur...

     Bonjour ma chérie,

Ce matin j'ai écouté à nouveau le répondeur :« Salut, c'était Marie, c'est pour te dire que ça allait mieux ce matin, j'ai moins de douleur, voilà. Je t'expliquerai cela ce midi ou avant. Allez gros bisous ma chérie je t'aime, à tout à l'heure. » Ce message que tu m'as envoyé le 23 décembre 2005, je ne l'ai découvert réellement que le 5 janvier 2006 à notre retour de la montagne. Il m'aide, souvent, presque tous les jours j'en ai besoin. Il me montre et me donne le courage de continuer... je suis perdue sans toi.

Te souviens- tu m'avoir dit au début de notre relation en 1978 que tu mourrais avant moi. Dans ta famille on mourrait jeune. Mais quand même, on commençait juste à ériger des projets pour nous. Tu me manques fort, fort fort... Je t'aime t'aime aime... et je t'ai dit ce 2 janvier que tu pouvais lâcher prise, que tu devais aller retrouver ta maman là-haut, que je serais forte. Tu m'as répondu : « Embrasse-moi ». Je t'ai confiée à Sadia et Sébastien pour la nuit. Lorsque je suis partie je savais que c'était le dernier baiser... Je savais que tu n'allais plus souffrir. Je crois aussi que tu as reçu mon message à deux heures du matin, du moins j'espère que Sadia et Seb te l'ont communiqué. Il ne peut en être autrement, sinon tu m'aurais attendue.

Bon rien ne va pour moi, j'ai mal et tu me manques. Le lit est trop grand pour moi. Le silence pèse dans notre maison. J'ai beaucoup écouté la chanson « Dans 150 ans » de Raphaël mais merde c'est pas drôle.... Comme disait Corinne le jour de la cérémonie que Sadia et tes petits frère et sœurs ont préparée : « Putain de maladie. » J'ai bien cru m'étouffer quand j'ai entendu cela mais en fait le curé il nous a bien compris. Il avait sans doute été mis au parfait et a été très respectueux de notre différence mais surtout épaté de ton rayonnement.

Tu es extra pupuce, avec ce petit plus qui faisait ta force, ton courage. Vraiment on ne pouvait pas y résister. Tiens je vais te le rappeler le texte que Coco a rédigé et demain je l'appelle car elle aussi a eu mal. Normalement, maintenant on est sensé ne plus pleurer (les pinouises, tu n'aimes pas ça mais tu les a toujours trouvées.) En tous cas, moi j'essaie vraiment de ne plus pleurer en public. Oh je sais tu ne me crois pas et tu as raison : pas plus tard qu'hier la psy a vu mes larmes couler. Elle est douée et on dirait qu'elle aime voir jaillir ces torrents de larmes de mes yeux. Bref, de l'entretien rien de très très marrant : elle veut que je pense à moi, que j'aille à la thalasso par exemple... juste pour me faire plaisir. Tu sais bien, toi, ce que j'attends : je veux que tous ceux que l'on aime vivent ne serait-ce qu'un dixième du bonheur que nous avons eu. Donc je suis en vacances mais je m'épuise, tu me manques.

J'ai demandé à Micky et Manou de venir préparer le repas de Noël. Tony, Fanny, Maëva, Océane et Maony (tu sais tu as participé au faire part de naissance, certains ont eu du mal à comprendre mais ils manquent d'imagination « La reporter Marie Duciel » quand même !!) seront là. Phéphé aussi.

Tu manques beaucoup à ta filleule et je crois qu'elle s'interdit de manifester sa douleur. Elle a choisi comme thème d'écrit pour son diplôme « l'accompagnement de l'adolescent cancéreux en fin de vie ». Je lui tape son mémoire. J'essaie de l'aider du mieux que je peux. Elle s'en veut car elle n'a pas pu nous dire ce qu'elle savait de ce putain de cancer. En plus j'ai gaffé avec Phéphé et sa maman car je leur ai confié que nous aussi nous savions mais qu'on pensait avoir un peu de temps. Si j'avais su que le temps nous était compté en quelques mois, dès le mois de juin j'aurais pris un congé sabbatique et nous serions parties pour le Maroc... et puis on aurait fait le testament, et merde... Phéphé terminera ses études en janvier. Tu seras là et elle deviendra un super infirmière.

Ta petite Sadia n'a pas changé. Dur dur les relations : tu sais qu'en mars elle a décidée de divorcer. Depuis c'est raide, pour Sébastien ca va pas fort tu lui manques et 2006 a été pour lui l'année de l'horreur. Il garde Maxime, notre petit fils. Je maintiens les liens mais bigre ce n'est pas facile. Tous les trois je les aime fort mais ils se déchirent. Sadia ne veut pas se faire aider. Tu lui manques terriblement alors elle coupe les ponts avec toute sa famille. Elle fuit fuit... mais tu vas continuer à m'aider... il faut absolument qu'elle s'épanouisse...

Eh ben j'en ai des choses à te dire. Je reviendrai te donner de nos nouvelles. Là il est deux heures du matin, et paraît-il qu'il faut beaucoup de sommeil pour apaiser la douleur. De plus demain c'est Noël, il faut que la fête soit comme si tu étais avec nous. Et à mon avis je devrais être à la hauteur pour notre petit monde.

J'ai changé d'idée je vais écrire le texte d'adieu de Coco dans la rubrique poème. Je crois qu'il vaut bien cela pour toi et tous ceux qui ont perdu une amie.

Ton amour pour toujours.

Ghislaine
Mésanger (France)

Classé dans : Lettres Publié par : La Gentiane - Deuil - Entraide Date : 23 décembre 2006

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