Allô ma belle Josée, Tu dois te demander pourquoi ça m'a pris plus de trois mois avant de t'écrire...

Allô ma belle Josée,

Tu dois te demander pourquoi ça m'a pris plus de trois mois avant de t'écrire. J'étais peut-être trop concentré sur ton absence physique pour réaliser que ton esprit qui fait maintenant partie de moi pourrait aimer recevoir du courrier de temps en temps.

J'espère que tu ne souffres plus à cause du maudit cancer qui t'a emportée. Moi, je revois tout le temps les horreurs que tu as dû subir mais tu as passé à travers avec tant de dignité. Quand je pense que tu t'es excusée aux infirmières d'avoir la diarrhée au lit. Je sais que tu as fait preuve d'autant de courage pour nous éviter d'avoir plus de peine. Ça devait être horrible pour toi. Il n'y a pas de mots pour décrire toute l'admiration que j'ai pour toi. Je m'en veux tellement de ne pas avoir fait plus attention que cela à l'ange que le Bon Dieu m'avait confié jusqu'à ce que la mort nous sépare.

Je voulais te remercier pour la dernière nuit que nous avons passée ensemble. Il n'y avait pas grand chose à la télé mais on était ensemble au moins. Est-ce que ça t'a réconforté que je te tienne la main jusqu'à ton dernier souffle ? Quand ton coeur a arrêté de battre, la chambre est devenue bien vide tout d'un coup. Quelques instants avant, nous étions deux et j'étais maintenant seul. C'est difficile de vivre avec le souvenir de cette nuit-là.

Je t'ai promis de bien m'occuper de Juliette mais c'est très difficile. Il faut que tu continues à m'aider parce que je n'ai pas les idées très claires. Aide-moi à être digne du petit ange que tu m'as confié. Notre fille semble avoir accepté ton départ. Elle fait tout pour me rendre les choses faciles. Elle aime bien aller au service de garde et ça va bien aussi à la maternelle. Nous sommes beaucoup plus proches maintenant. On se donne des câlins ; elle me dit qu'elle m'aime ; on parle plus ensemble. Mais le temps est long sans toi. On ne sait pas encore comment meubler les temps morts.

Tu n'aurais jamais pensé ça, mais je m'ennuie de magasiner avec toi ; les bazars, les ventes de garage, les marchés aux puces, Omer Deserre. Tous nos projets sont partis avec toi. Qu'est-ce que je dois faire maintenant de ton matériel de peinture, vitrail, couture, bricolage... ? Serais-tu déçue si je ne plantais plus de fleurs et de tomates ? Que dois-je faire pour être digne de toi ?

Merci d'avoir partagé avec moi 24 années de ta trop courte vie. Josée, je t'aime encore plus qu'il est possible de l'exprimer avec des mots. Maintenant que tu n'es plus là, cet amour fait plus de mal que de bien. Montre-moi ce que je dois faire pour apaiser ma peine.

Je t'aimerai toujours.

Ton mari,

Benoît
Laval (Québec)

Classé dans : Lettres Publié par : La Gentiane - Deuil - Entraide Date : 27 mars 2008

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